Article sur le film "Et je choisis de Vivre"

Dans le prolongement de la projection de « Et je choisis de Vivre », lors de notre soirée cinéma/débat du 6 juin au Colisée à Marcq, vous trouverez ci-dessous un article paru dans le Pèlerin au sujet de ce film.

Référence magazine  Le Pèlerin n°7123

Enquête 

Le 5 juin est sorti au cinéma « Et je choisis de vivre », film dans lequel une mère raconte le deuil de son enfant et ce qui l’a aidée à se reconstruire. Quelles sont ces petites étincelles qui permettent d’apaiser la souffrance ? Enquête.

Article publié dans Pèlerin n° 7123

Un bloc de douleur. Le corps ralenti, l’esprit assommé, les sens anesthésiés. Lorsque Véronique, 46 ans, se souvient d’elle au moment du décès de son fils aîné, il y a onze ans, elle a l’impression de parler de quelqu’un d’autre. « Jamais je n’aurais cru en être là où j’en suis aujourd’hui. Ce long chemin de reconstruction, je me demande parfois si c’est vraiment moi qui l’ai fait. » Nul doute, c’est bien elle. Mais si Véronique a parfois l’impression d’être une étrangère pour elle-même, c’est que cette épreuve l’a transformée en profondeur.

Un chaos émotionnel
Au début, la douleur prend toute la place, l’absence remplit l’espace et le temps. « Nos enfants sont pour nous de puissantes raisons de vivre. Si l’un vient à disparaître, notre existence semble perdre tout sens », explique Nadine Beauthéac, psychothérapeute spécialisée dans l’accompagnement du deuil, elle-même endeuillée (1).

On est en plein chaos émotionnel. S’entremêlent la colère, le sentiment d’injustice, la culpabilité, le désespoir… Pleurer et se laisser aller au chagrin permet, paradoxalement, de reprendre des forces. Lors d’une présentation du film « Et je choisis de vivre », Meena Goll, une mère qui a perdu ses deux enfants, confiait : « Au début, je me suis roulée dans la souffrance. Les émotions ne tuent pas mais leur résister fait mal. La vague de douleur arrivait, elle me mettait par terre, puis je me relevais, peut-être encore plus forte. »

 

La durée de cet état de choc varie selon chacun. D’abord paralysée, la personne va, petit à petit, intégrer l'événement dramatique. La souffrance compacte, qui envahit tout, va s’apaiser. « De façon timide, d’abord, puis pendant des périodes un peu plus longues, la personne retrouve des moments de plaisir », précise Nadine Beauthéac. Cette progression reste un peu mystérieuse. Les endeuillés vivent dans un temps à part, qui n’a rien à voir avec le temps réel. Cela ne sert à rien de les enjoindre à « tourner la page » ou à ranger les affaires de l’enfant. Chacun doit prendre le temps dont il a besoin, même si cela semble parfois trop long aux yeux de l’entourage.

Le besoin des autres:
Quand la douleur se fait intermittente, il devient possible d’entendre les appels des proches. « Compter sur la force de la communauté – famille, amis – a été salvateur. Il ne faut pas hésiter à signifier son envie de parler et son besoin d’évoquer l’enfant perdu », témoigne Amande Marty, coauteure du documentaire. Il est capital, en effet, d’être accompagné. Certains s’appuient sur des groupes de parents endeuillés.

Durant un an, une fois par mois, Patricia a trouvé cette écoute bienfaisante au sein de l’association Apprivoiser l’absence (2). « Puisque d’autres vivaient le même désespoir, je n’étais pas folle. Quand j’ai rencontré l’animatrice du groupe, je me suis dit : “Elle est debout alors qu’elle a vécu la même chose que moi” ; j’ai alors entrevu un avenir. Au fil des échanges, j’ai senti un basculement, je suis devenue capable de trouver la vie moins moche, puis belle. » Comme Amande dans le documentaire, Patricia a entretenu un lien très étroit avec la nature. « Aller marcher, goûter le silence, se ressourcer auprès des arbres, entendre l’eau couler, m’a fait beaucoup de bien », raconte-t-elle.

La force des rituels:
L’après-choc comporte d’intenses remises en question. La vie spirituelle des croyants n’y échappe pas. Arnaud, 64 ans, raconte ainsi : « Ma foi m’a fait tenir : je sais que notre enfant Gabriel est auprès du Père. Mais il m’a fallu beaucoup de temps pour lâcher prise et accepter de faire confiance à Dieu. Dans les mois qui ont suivi le départ de mon fils, je n’arrivais plus à aller à la messe. Je n’acceptais pas que Dieu nous fasse vivre cela : pour quelle raison ? Puis, j’ai réalisé que lui aussi avait laissé son Fils. »

Que l’on soit croyant ou non, la force des rituels se révèle importante pour avancer. Les deux premières années sont les plus douloureuses. Patricia Bude, dont la fille Fanny a succombé après deux ans d’une grave maladie, confie : « La première année, avec ses anniversaires, est terrible. Chaque date constituait une “première fois sans ma fille”. La deuxième année s’avère encore pire : on réalise qu’elle n’est plus là pour toujours et qu’il nous faudra vivre avec ce manque jusqu’au bout. »

Un tournant survient souvent la cinquième année. Le plaisir de la vie revient par petites touches. Jusqu’au jour où, comme Patricia Bude, on parvient à se dire : « Je vais faire du départ de ma fille quelque chose qui aura du sens pour moi. » Ou, comme Patricia, on se prend à penser « à (s) a fille dans la joie ». On a alors retrouvé cet élan de vie, plus fort que la mort, qui nous anime tous.